Bon, premier de tout, tous les erreurs et coups de pied
au dictionnaire de l’honorable langue française sont la faute de Marie et
Élodie, qui m’ont encouragé à écrire ce récit en français. Vous êtes bienvenus
de leur expédier vos réclamations ;-)
L’histoire de Le Treg commence pour moi un jour de
Juillet, après avoir conduit pendant 8 heures
depuis Val d’Isère (où j’avais
couru l’Ice Trail Tarentaise) jusqu’à chez moi, à Lleida, dans la Catalogne. Je
suis en train de garer la voiture quand j’aperçois un « flyer » sur
la siège d’arrière (on appelle siège aux chaises de la voiture ?... peu
importe… :-p). « Le Treg, 10-18 Février, Courir là où le temps s’est
arrêté »… Je fais pas trop d’attention, ma poche n’est pas dans ses meilleures
conditions… Tout de suite une idée prend forme dans ma tête. Il y a quelque
temps qu’avec un copain on parle d’organiser une collecte de matériel pour
profiter l’infinité de T-shirts, cadeaux de l’infinité de courses qui existent
actuellement avec le boom de la course à pied à la Catalogne et qui
s’accumulent dans les armoires. Moi-même j’ai plus de cinquante… Pourquoi ne
pas organiser un projet de collecte de T-shirts et chaussures, créer une
initiative intéressante et essayer de trouver financement dans quelque
institution publique ou privée ?
La Diputació de Lleida est… comment on peut dire… une
espèce de gouvernement à niveau de province (département on dirait en France).
J’ai entendu de projets sportifs qui ont été financés par la Diputació et c’est
à eux à qui je me dirige premièrement. La réponse est très positif est c’est
comme ça que le Projet Le Treg est né.

Le vessant sportif du projet commence un soir de lundi,
un pluvieux soir de lundi, en voyageant en voiture vers Marseille avec Sylvain,
un autre concurrent de cette première édition de Le Treg (…mmm, je crois que
tous les potentiels lecteurs de cette chronique en version française vous
formez part du groupe, du coup probablement il y a pas besoin de
présentations ;-) ). On arrive à l’aéroport de Marignane où on se
rencontre avec les autres membres de l’expédition. L’avion part à 4h du matin,
ce que veut dire qu’on ne va pas dormir trop… pas très bonne façon de se
préparer pour la course mais il y pas d’alternative, c’est le seul avion qui
vole à l’Ennedi en toute la semaine. Après 5 heures de vol arrivent les
typiques formalités, pas trop agiles, avec les officiels de la douane de
l’aéroport. Au même temps on commence à s’habituer la météo différente du Tchad.
Après quelques semaines sous la couche de nuages lyonnaise, j’avais vraiment
envie d’un peu de soleil (mais seulement un peu…).
Une fois que l’estampe (suis pas sur si c’est ça le mot,
mais j’ai la flemme, désolé… :-p) est déjà au passeport, on se prépare
pour le voyage vers l’endroit de la course. L’équipe au 4x4 est formée par
Sylvain, Marco, Magali et moi. 11 heures de voyage dans pas la meilleure des
voitures. Mes genoux pliés ne sont pas très contents et j’essaye de trouver
quelques centimètres pour atténuer un peu le doleur. Finalement on arrive, au
milieu de la nuit, au petit village qui a été construit pour l’occasion. Je
partage la tente avec Fréderic et Gérard.
Mercredi est une journée plus calme. Le matin, après un
petit footing avec Marco pour bouger un peu les jambes après le voyage dur de
hier, je me promène par le campement pour découvrir la tâche fantastique qu’a
fait l’organisation pour considérer tous les détails. La reste de la journée on
la dédie au control de matériel, à faire un cours accéléré de GPS et à se
relâcher tout en pensant en ce que nous va arriver demain. J’ai envie déjà de
commencer, pas plus attendre et découvrir toutes ces merveilles qu’on peut
deviner depuis ici.
Finalement la nuit arrive. Je dors pas très bien, je me
réveille souvent et une fois que j’ai trouvé le sommeil tout suit j’entends des
cris dehors. C’est le ministre de tourisme et de l’artisanat (c’était quelque
chose comme ça, un nomme longue que j’ai pas retenu…) et diverses celebrities tchadiennes qui sont venues,
pour voir si c’est vrai qu’il y a une vingtaine de fous qui sont ici pour
courir pendant une journée ou deux sans aucun chameau comme prix. Après un
petit déjeuner où j’essaye d’introduire au corps aussi de calories que possible,
on assiste impatients aux discours pertinents. Le moment arrive, on va tous
vers le départ. Je suis pas nerveux, tout au contraire, content de pouvoir
commencer. On se fait des photos et se désire bon courage pour les prochaines
heures. C’est 7 heures du matin. Tout est prêt. Le ministre tire. On y
va !!
Depart – PC1 :
Je pars avec l’appareil photo à la main, en essayant de faire une vidéo
(avec un résultat lamentable…). Encore au premier kilomètre j’entends des cries
derrière moi. Quelqu’un a perdu une lampe frontale bleue. C’est probablement la
mienne… Mais quand je retourne pour la récupérer je vois que ce n’est pas la
mienne. Je regagne positions tout en cherchant le propriétaire de la lampe mais
sans succès. Anyway… je vais l’amener
au PC1 et là ils verront qu’est-ce qu’il faut faire.
un haut plateau qu’on traverse par un petit sentier avec un paysage impressionnant à droite. Je regarde arrière et je note que la distance avec Marco augmente doucement. Ça me fait un peu peur d’aller tout seul avec autant de kilomètres devant moi mais je me sens bien, l’ambiance est magnifique et tout est positif, du coup je décide de suivre à mon rythme. Après une petite descente je trouve un groupe de chamois (ou quelque chose comme ça) qui courent un peu plus rapide que moi. Aussi quelques ânes avec un visage sympa aux quelles je tire une autre photo. Dans cette dynamique agréable j’arrive au Labyrinthe d’Oyo, une curieuse formation rocheuse avant la quelle il y a Jean-Philippe, Magali et un fourni groupe de chauffeurs et d’autres visiteurs locales. Après le labyrinthe m’attend une première montée sableuse et moue que je suis encore en conditions de monter dignement en faisant possibles quelque photos sympas. Je traverse un autre morceau plain où je peux voire Marco un peu plus loin et après une petite descente technique j’arrive au premier point d’eau (km18). Marie me demande comment ça va et combien j’ai bu avec une vois accueillante mais sérieuse et professionnelle ;-). Pour l’instant ça va, et la tête est dans sa place, donc j’ai suivi religieusement (on dit ça en espagnol…) la consigne de 1 litre chaque 10 kilomètres, même si j’avais pas vraiment envie. Je charge mes bouteilles et continue.

PC1 – PC2
Déjà tout seul, je monte quelques mètres vers le magnifique arc d’Alogba,
au pied du quelle se trouve le désiré PC2. Deux minutes avant je retrouve
Laurent, qui me demande comment ça va. « Mal » et toute la réponse
que je peux lui donner. Tout le monde qui est là applaudisse mon arrivée, mais
je crois que mon visage parle par si seul et bientôt ils perçoivent que la
situation est pas ‘super’. J’arrive et je me laisse tomber sur le matelas.
Heureusement Isabelle est là, avec toute son expérience de les avoir vues de
tous les couleurs (ça c’est direct de l’espagnol aussi, on dit ça en
français ?...). J’essaye de lui expliquer tous mes problèmes et lui dit
que je vais rester là pas mal de temps pour essayer de récupérer et voir s'il y
a quelque futur pour moi dans la course. Elle me donne une pastille pour les
crampes et me demande si j’ai de la nourriture lyophilisée. Non, je l’ai jamais
utilisée et j’aime pas faire des essayes dans les courses. Par contre je prends
un autre petit sandwich de chorizo et je le mange doucement. Il me fait du
bien. Elle me dit aussi que je dois me changer de chaussettes. Je lui réponds
que je n’en ai pas. Elle se fâche, et elle a raison. Je sais pas pourquoi je
les ai pas pris, même si j’aime pas trop changer de chaussettes si tout va bien
avec les pieds (et je crois que c’est la seule chose qui va bien). Pendant la
conversation les crampes continuent. C’est comme si j’avais le cœur au mollet,
qui vibre régulièrement. De temps en temps la crampe arrive et un trou énorme
se forme, ce qui représente un joli objectif pour la camera de Philippe.
Finalement je finis mon sandwich et je m’allonge sous la couverture. Avec
toutes les crampes j’arrive pas à dormir, mais au même temps que la lumière
s’éteint et la température diminue, je perçois comme quelque force commence à
revenir à mon corps.
... Félicitations! Tu es déjà arrivé à la moitié du texte.
C'est moment pour une petite pause-toilette et un gel énergétique... Par
contre, si tu es trop fatigué de lire des conneries tu peux laisser le récit
pour demain ou l'année prochaine... :-)
PC2 – PC3 :
30 minutes après je me réveille soudainement. Je sens la tête fraiche et
plus positif qu’il y a une heure, quand je suis arrivé. Je demande et personne n’est
arrivé, fait qui m’encourage encore plus. Je me lève et je remercie tout le
monde pour l’aide indispensable que j’ai reçue. Je pars juste au moment auquel
Marco arrive. Je traverse l’impressionnante Arche d’Alogba, déjà sombre, et je
tourne à gauche en légère montée. Je marche, mais je marche vite et agile. La
montée fini et j’entre dans une énorme plaine où le track marque une longue ligne
droite. J’éteins la frontale et je marche à la lumière de la lune tout en
jouissant de l’ambiance magique que génèrent les petites feux allumés par les
habitants locaux. Même si je me trouve mieux, je me propose de pas aller
trop vite et essayer de retrouver mes sensations en tenant une marche rapide
mais sans courir.
Après le morceau plain il arrive une petite montée où je note avec
satisfaction que la récupération suive son cours. La descente postérieure
m’amène à une zone de terrain rocheux qui m’oblige à allumer la frontale. Un
nouveau visitant arrive : le point de côté (traduction courtoisie de
François, j’espère que ce soit ça que je voulais dire…). Le change de montée à
descente à altéré ma respiration et ce nouveau problème est arrivé. J’essaye de
respirer fond et de presser mon abdomen pour le contrôler mais ça coupe un peu
la dynamique positive que j’avais trouvée. Quand même, ça dure pas plus de deux
kilomètres et je suive ma marche à travers d’une nuit calme, en laissant une
jolie chaine de promontoires rocheux sur ma gauche.
Le terrain depuis le PC2, a été assez plus solide qu’antérieurement, fait
qui a aidé à ma récupération, mais 5 kilomètres avant d’arriver au PC3, je
retrouve quelques secteurs de sable mou. Un petit contrôle de pas casse la
monotonie nocturne. « Como vas ? » C’est mon ami franco-mexicain
( J ) qui était aussi au PC2. « Mejor, mejor » je
réponds… « Tio, estabas bien jodido antes… ». Effectivement, j’étais
vraiment “jodido” avant…
Heureusement la situation est assez mieux et je suis arrivé déjà à
l’équateur de la course. Le parcours tourne légèrement à gauche, passe à côté
de l’Arche Lyre (dommage que j’ai mal à le voire pendant la nuit) et se met
dans une étroite vallée sableuse. Mon passage gêne le repos d’un troupeau de
vaches qui commencent à courir tout remplissant l’ambiance d’une poussière pas
très agréable. Finalement le GPS m’annonce l’arrivée au point de control, où je
trouve Gérard et Céline (si la mémoire me trompe pas…) bien endormis. Je les
réveille et demande un petit thé pour accompagner mon mini-sandwich de
saucisson.
Je m’assois tranquillement sur le matelas et on discute un peu de comment
s’est passée la course, de l’évolution de mon état physique et psychique… Le son
du walkie-talkie vient à casser mon repos : le deuxième coureur est arrivé
au control de pas à quatre kilomètres du PC3. C’est Fabrice. Ça veut dire qu’il
vient de moins à plus (traduction directe de l’espagnol…). Même si ça va mieux
qu’il y a 30 kilomètres pour moi, on ne pourrait pas dire que mon état soit
top… Bufff, ça a l’aire qu’il va être difficile de soutenir la première
position. Avec un peu de stress je me lève, remercie l’aide de Gérard et Céline
et reprends ma route.
PC3 – PC4 :
Le premier morceau après le PC3 est commun à celle par où je suis arrivé.
Je marche vite pour essayer de pas trouver Fabrice (je suis sincère ;-) ),
ce qui serait un coup morale négatif pour moi et positif pour lui. Nops…
j’entends des pas dans la nuit et je vois Fabrice quelques mètres à droite,
tout en marchant à très bon rythme avec les bâtons. On se salue brièvement et
je me demande si je n’aurais fait mieux aussi d’amener mes bâtons pour ce type
de terrain. Bon, maintenant il y a rien à faire… Avec un peu plus de stress je
commence à trottiner pour essayer de trouver un rythme plus haut.
Heureusement le nouveau terrain semble être plus solide et ça favorise mon
allure. Le GPS marque une longue ligne droite de 6 kilomètres et je me propose
de laisser l’esprit en blanc (encore une fois, traduction directe…) et
continuer avec mon trot sans regarder la montre. Dans cette température
agréable je réussis à faire comme ça, 10 kilomètres sans rien marcher.
Satisfait avec ma marche mais avec un nouveau point de fatigue je pacte avec
moi-même de faire chaque morceau du GPS, moitié en trottinant, moitié en
marchant. Mon esprit chercheur revient et je m’amuse à calculer la vitesse
moyenne pendant chaque morceau. Le résultat est d’environ 8 km/h en trottinant
et 7km/h en marchant, que je trouve assez satisfaisant. Les dernières 7-8
kilomètres le terrain est un peu plus mou et je décide de continuer en
marchant, même si je réussis à soutenir un rythme assez digne. À l’horizon je
vois un cylindre rocheux qui a l’aire d’être le PC4. Une légère pente
descendante m’aide à incrémenter la vitesse et, satisfait avec mon rythme
depuis le PC3 je décide de me donner un petit prix de 20 minutes de sommeil,
qui vont probablement m’aider à la fin de la course.
L’arrivée au PC4 est un peu accidentée car je ne vois pas quelques bois
jetées par terre et je tombe, sans trop de reflexes pour l’éviter après 123
kilomètres de course. Je suive le protocole de mon mini-sandwich et le verre de
thé et je demande aux contrôleurs (désolé, entre la nuit et le temps passé je
me rappelle pas de qui y avait là…) de me réveiller dans 20 minutes. Je
m’allonge entre d’autres coureurs qui ont abandonné et qui dorment à côté. Le
sommeil me fait vraiment du bien.
PC4 – PC5 :
Je me réveille 20 minutes après avec l’esprit plus frais et la bonne
nouvelle pour moi que Fabrice n’est pas encore arrivé. Je pars avec les forces
renouvelées par ces minutes de repos. C’est dans ce point que je commence à
voir vraiment la possibilité de gagner la course si je réussis à soutenir mon
rythme. Pendant la première montée j’ai besoin de l’imperméable. C’est 4h30 du
mat et il fait assez froid. Ça va pas être pour longtemps car moins d’une heure
après, avec les premières lumières de la journée, la température commence à
remonter doucement.
Au PC4 j’ai demandé par les caractéristiques du terrain qui reste. La
réponse a été plutôt
négative… plus de sable mou. Effectivement, 5 ou 6 kilomètres après je trouve une « jolie » dune que je dois monter et descendre et qui me laisse avec les chaussures pleines de sable. Je m’arrête pour les vider, et je mis mon pied par terre. Très bien, très habile… les chaussettes pleines de cram-cram… J’enlève quelques uns mais je pourrais y rester tout la journée… Je continue, tout essayant de bouger les doigts du pied de telle façon que les épines soient aux côtés.
négative… plus de sable mou. Effectivement, 5 ou 6 kilomètres après je trouve une « jolie » dune que je dois monter et descendre et qui me laisse avec les chaussures pleines de sable. Je m’arrête pour les vider, et je mis mon pied par terre. Très bien, très habile… les chaussettes pleines de cram-cram… J’enlève quelques uns mais je pourrais y rester tout la journée… Je continue, tout essayant de bouger les doigts du pied de telle façon que les épines soient aux côtés.
Le terrain alterne montées et descentes où courir deviens de plus en plus
difficile et aussi quelques petites vallées entre belles falaises. Derrière moi
le soleil commence à monter et à jeter ses rayons sur moi avec un angle de plus
en plus défavorable. L’imperméable est dans mon sac depuis déjà longtemps et la
température monte et annonce une nouvelle dure journée. Heureusement, après les
deux morceaux antérieurs de 30 kilomètres chaque un, les 18 bornes entre PC4 et
PC5 passent plus vite. Trois kilomètres avant du point de control, le GPS
invite à aller à gauche, en franche montée vers une énorme dune de sable
totalement mou. J’essaye de rester en bas avec l’espoir que derrière le
prochain coin de la vallée je puisse retrouver la ligne droite du GPS, mais il
y a pas de la chance. Il faut vraiment monter à gauche. C’est vraiment pénible,
même si j’essaye de faire des virages pour minimiser la pente. Au sommet je
peux voir déjà les banderoles du point de control. Je cours maladroitement en
cette direction, en légère descente en flanquement. Avec l’haleine un peu
récupéré j’arrive au point de control (km 141), où je trouve Marie et Magali.
Dernière mini-sandwich de chorizo pour moi, un autre verre de thé et (en
suivant les recommandations de Marie ;-) ) plus d’eau dans les bouteilles
et le « camel », car la chaleur commence à redoubler. « Tu as
pas l’aire trop fatigué » dit Marie… bon, en espagnol on dit que la
procession va par dedans… C’est vrai que je me sens assez active mentalement,
surtout parce que je commence à être inquiet pour la chaleur qui va arriver. Il
reste encore 36 kilomètres et je vais pas arriver avant de 13 heures. Le
souvenir du calvaire d’hier est bien présent dans ma tête. Je remercie l’aide
et les encouragements et je pars pour essayer de minimiser le temps à passer
pendant les heures les plus chaudes de la journée.
PC5 – PC6 :
Je pars avec le bon rythme que donnent ces moments de « break »
au point de control, mais une mauvaise surprise arrive bientôt. Je charge le
« track » du parcours jusqu’au PC6 et il commence avec une
« belle » ligne droite de… 8,5kms !! Bufff, ça va être dur… Je
monte une première cote et derrière apparait une énorme plaine qu’il faut
traverser. Au fond il y a une autre chaine montagneuse où on doit arriver. Je
jets un dernier regard arrière et je ne vois pas aucun mouvement au PC5.
Finalement j’arrive à la fin de la plaine et sous l’ombre des falaises et
en sentant la proximité du
point de control je trouve les forces pour trottiner un peu. Une voiture de l’organisation arrive et j’entends les cris d’encouragement. Je salue d’une façon fatigué avec la main mais les forces sont déjà très justes. Un kilomètre avant du point de control je prends mon énième gorgée d’eau et je sens les boules qui montent par le tube. « Merde ! ». L’eau est finie… Heureusement il ne reste que 800 mètres pour le PC mais quand même, bientôt je commence à sentir la bouche totalement sèche. Plus de monde apparait devant moi, visages connues de tous ces jours, qui m’encouragent à arriver au ravitaillement. Finalement je vois l’Arche de l’Éléphant et les banderoles. Jean-Philippe est là et m’indique qu’il faut aller derrière de l’Arche et retourner vers le PC. Bon, ça va pas être question de 100 mètres plus.
point de control je trouve les forces pour trottiner un peu. Une voiture de l’organisation arrive et j’entends les cris d’encouragement. Je salue d’une façon fatigué avec la main mais les forces sont déjà très justes. Un kilomètre avant du point de control je prends mon énième gorgée d’eau et je sens les boules qui montent par le tube. « Merde ! ». L’eau est finie… Heureusement il ne reste que 800 mètres pour le PC mais quand même, bientôt je commence à sentir la bouche totalement sèche. Plus de monde apparait devant moi, visages connues de tous ces jours, qui m’encouragent à arriver au ravitaillement. Finalement je vois l’Arche de l’Éléphant et les banderoles. Jean-Philippe est là et m’indique qu’il faut aller derrière de l’Arche et retourner vers le PC. Bon, ça va pas être question de 100 mètres plus.
Il y a vraiment beaucoup de monde. D’autres coureurs qui ont abandonné par
plusieurs motifs, les chauffeurs, accompagnants, habitants locaux… Il ne reste
aucun sandwich dans mon sac. Je prends seulement quelques raisins secs que je
trouve dans ma poche et un autre verre de thé. Encore une fois je vide mes
chaussures de sable et deux garçons viennent et s’offrent à enlever les
cram-cram qu’il y a partout. C’est vraiment gentil. Je me sens même un peu trop
tenu ;-p. Je demande comment ça va par derrière et Magali me dis que
Fabrice et parti une heure plus tard que moi du PC5 mais qu’il courrait. Si il
court jusqu’à ici il va récupérer pas mal de temps car mon rythme a pas été
fort du tout.
J’attends pas plus. J’ai pas de forces mais un fois qu’on est ici il faut
faire ce que soit possible pour tout donner. Je pars entre cris
d’encouragement. Marco m’anime à courir un petit peu. On va voir qu’est qu’on
peut faire…
PC6 – Arrivée :
Le trot ne dure pas beaucoup. Le parcours suive plusieurs vallées qui
tournent à gauche et droite, toujours avec pas mal de sable mou et plantes de
cram-cram. Les premières deux ou trois kilomètres passent assez vite mais après
je retourne à mon jeu psychologique avec le GPS, essayant de pas regarder la
distance qui reste et essayant de marcher aussi vite que possible. Je regarde
arrière de temps en temps. Je crains qu’en quelque moment la voiture de
l’organisation va arriver et ça voudra dire que Fabrice est arrivé au PC6 et il
est proche.
À dix kilomètres de l’arrivée je me trouve devant une dune à la quelle
m’amène sans doute le GPS. Le parcours tourne à gauche par un terrain mou qui
me remplisse une autre fois les chaussures de sable. De peu en peu une vallée
en franche montée apparait de l’autre côté. La trace du GPS conduit vers la part
supérieure, où il me semble voir une autre dune de sable mou. Je marche de plus
en plus doucement. Ma compétitivité est partie, ou plutôt n’est plus une
compétitivité envers les autres mais une compétitivité envers moi, simplement
pour essayer de finir. Si Fabrice arrive je vais pas être en conditions d’avoir
aucune réponse. Par contre je regarde timidement arrière et je ne vois arriver
personne. La montée suive sans finir jamais et je m’approche à la section de
sable mou. Les pires prévisions se confirment et le terrain est vraiment
instable et il devient de plus en plus raide et en conséquence, mon rythme de
plus en plus lent. Je regarde amont avec désespoir. Je commence à douter si je
serai vraiment capable d’arriver au sommet. C’est midi et la chaleur et
terrible. Mon image doit être comme celle des alpinistes qui arrivent au sommet
de l’Everest. Je essaye de décrire quelques virages pour adoucir la pente et
finalement, sais pas comment, j’arrive au sommet. De l’autre côté apparaisse
une vaste plaine et à l’autre extrême le bois et la montagne du campement.
Avec telle fatigue je sens pas même de la joie. Peut être un peu de
soulagement… Je marche vers la descente tout en avançant avec l’aire ivre. Je
laisse travailler la force de la gravité pour avancer quelques cinq-cents
mètres « gratuits » jusqu’au fond de la vallée et j’arrive finalement
à la grande plaine. Je regarde le GPS, qui marque un légère virage a gauche et
une dernière ligne droite de 5,5kms jusqu’à l’arrivée. Je vais y arriver…
Je cache le compte à rebours (c’est ça ?) de la distance au GPS et je
marche en essayant de penser en d’autres choses. J’imagine que je suis en train
de marcher tranquillement au boulot. Je regarde les arbres, compte les pas,
observe les montagnes de l’horizon… Rien ne marche trop bien… Bientôt mes
sensations retournent au soleil, la chaleur et le doleur de pieds à cause du
sable que j’ai dans les chaussures. Après une infinité de temps je regarde la
montre et il reste encore quatre kilomètres… Bufff, c’est pas possible !
La falaise qu’indique la position du campement semble être pas loin mais les
kilomètres n’avancent pas. Quelques infinités plus tard j’arrive à la forêt et
je perds définitivement les références. Au moins ici il y a un peu d’ombre sauf
quand il faut traverser les nombreuses rivières de sable mou. Deux kilomètres,
plus d’arbres, plus de sable, et personne… 1,5kms…1,4kms…1,3kms…1,2kms… 1,1kms…
Finalement le désiré 999 apparait au GPS. Je continue à regarder arrière. Je me
sens comme ce cycliste qui après toute l’étape échappés sont chassés au
dernière kilomètre par le peloton. Mais personne n’arrive et la distance à
l’arrivée, même si doucement, ne cesse de descendre. 800, 700, 600, 500 mètres…
mais je vois pas l’arrivée !! La montre marque 400mètres, et il semble que
la forêt finisse devant moi. Entre les dernières arbres je vois les désirées
banderoles de l’arrivée…Bufff, je pensais que ce moment n’arriverait
jamais !

Une fois j’ai assimilé que j’ai pas plus de pas à faire, pas plus de sable
à enlever de mes chaussures, pas plus de rayons du soleil à supporter sur ma
tête, je me trouve dans un ambiance, bizarre pour moi, avec plusieurs caméras,
microphones et appareils-photos. Je ne me rappelle pas des questions. Seulement
de que avec un français encore moins fluide que d’habitude j’essaye de raconter
comment a été la course pour moi. Le soleil, la chaleur, les crampes, la crise
avant le PC2, l’aide du garçon tchadien et d’Isabelle… Avec l’haleine un peu
plus récupéré et un peu moins d’honte je continue par remercier l’organisation,
remercier mon partenaire, le Departement de Lleida, mes amis, mes parents et
tout le monde qui doit avoir suivi la course par Internet. Je parle, je parle et
je parle… finalement je lui ai trouvé le gout au truc mais avec la vitesse de
mon discours ça prend pas mal de temps et du coup je décide d’arrêter pour pas
endormir le public. Des moments vraiment très sympas.
L’heure suivante je suis encore sur un nuage, discutant avec tout le monde,
remerciant les félicitations et en attendant l’arrivée de Fabrice qui, même si
il a aussi trouvé la course dure, apparait avec l’aire assez plus énergique que
moi. Just après, la fatigue accumulée tombe sur moi, je m’allonge sur un
matelas et après trois seconds j’entre dans un sommeil profond. Après le diner
il y a Rudolf qui arrive, et pendant la nuit, entre une fatigue qui me laisse
pas trop bien dormir, j’entends les applaudissements qui annoncent l’arrivée de
Jean-Noël, Christian et Élodie. Pendant le petit déjeuner c’est Didier,
Frédéric et Luc qui vont arriver, tous avec l’aire fatigué mais heureuses de
cet expérience.
Les deux jours après la course on profite pour découvrir quelques
merveilles de la région. Des très intéressantes peintures rupestres pour un
amateur mais passionné de la préhistoire comme moi, surtout s’il y a quelqu’un
comme Koki qui te les explique. Une promenade samedi après-midi entre des
formes rocheuses invraisemblables et restes de la guerre des années 80. Et une
jolie excursion dimanche matin dans un endroit aussi magique comme la Güelta
d’Archei qui justifie vraiment la phrase de « courir où le temps s’est
arrêté ». L’après-midi il y a la cérémonie de prix, très émouvante. Le
trophée et une réplique de l’Arche Lyre (que selon la balance de l’aéroport pesait
12 kilos…) que j’ai mal à enlever sur ma tête sans qu’elle tombe. Après la cérémonie
la musique commence et avec les jambes un peu moins fatiguées j’essaye d’apprendre
les pas de dance pour pouvoir y participer. Des moments et sensations très
touchantes que je ne vais pas plus décrire ici pour ne pas prolonger
éternellement ce récit.
…Onze pages de Word… c’est pas mal, eh ? Ma profe de français serait
contente, au moins de la quantité, sais pas si de la qualité…
Ne vous inquiétez pas, j’arrête ! Seulement ce dernier paragraphe pour
remercier une autre fois tout le travail, l’assistance et les moyens mis en
place par l’organisation de la course pour que cette première édition ait été,
à mon avis, un grand succès. Ce n’était pas un travail facile à faire, dans un
endroit avec les difficultés logistiques et d’accès propres de l’Ennedi.
J’espère que le bon retour des présents dans cette première édition fera que la
course devient de plus en plus grande pour les années suivantes. Ces
remerciements et félicitations sont aussi extensibles à toute l’équipe
médicale, à Pointe Afrique et à tous les habitants de l’Ennedi qui ont aidé au
bon développement de la course. Finalement, merci à tout le reste de coureurs
et a tout le groupe en général, pour avoir créé cette atmosphère très
accueillante.
Bonne chance et courage à tous et toutes avec vos objectives et rêves. Le
premier pas est de les avoir. Parce que comme Kilian dit : « si nous ne rêvons pas, nous sommes morts »